Paris en Août

 

Les voitures se clairsèment, le rythme des badauds ralenti, les gens pressés habituellement lèvent un peu le nez, les rideaux de fer restent baissés, les pelouses se garnissent et les terrasses font le plein. Paris au mois d’août ralenti enfin son rythme et les premières chaleurs du mois incitent au far niente cher à nos amis transalpins.  La nature elle aussi semble se figer et les belles glycines fleuries reprennent des forces et se propagent en de long filaments. Les platanes qui ont résisté jouent leur rôles à fond et fournissent l’ombre protectrice aux automobilistes. L’ailante profite de cette trêve pour s’immiscer dans chaque fêlure et reprendre sa place naturelle. Les chélidoines, linaires ou autres herbes se félicitent de la mise au garage des tondeuses et autre rotofils…

Ce mois d’août est décidément bien particulier dans la capitale. Les parisiens et les banlieusards eux-mêmes semblent apprécier ce nouveau rythme, cette parenthèse bienfaisante pour explorer leur ville et visiter ce qu’ils n’ont pas le temps de faire le reste de l’année.

De mon côté, je profite de ce mois pour faire quelques repérages et prendre aussi quelques jours de congés. Inventer de nouveaux itinéraires, retrouver ces enchantements naturels cachés parmi les rues de Paris, découvrir de nouvelles histoires petites ou grandes à vous raconter, pousser de nouvelles portes cochères, prendre la tangente et marcher, toujours marcher mais… plus lentement presque inconsciemment on se prend vite à ce nouveau rythme et on se prend à rêver que les reste de l’année aussi le reste de la ville découvre les délices …de la lenteur !

 

Rive droite, Rive Gauche en passant par la Cité

 

 

C’est une balade que l’on peut faire par tous les temps, à toute saison, il suffit juste de se laisser aller et d’éviter les cohortes de touristes pour entrer de plein pied dans le cœur historique de la Cité. Encore une fois, en se laissant guider, on découvrira trois quartiers différents avec une histoire complémentaire et l’on pourra admirer de calmes jardins, des arbres centenaires et des plantes plus habituées au frimas de la Montagne qu’à l’air urbain de Paris ! Zigzaguant entre les majestueux monuments, on traversera les siècles passant de Lutèce à Paris en un clin d’œil, nous rencontrerons des professeurs émérites, des vagabonds,  des étudiants inspirés d’hier et d’aujourd’hui qui depuis un millénaire peuple le Quartier Latin. Par une belle matinée de printemps ou par un après-midi d’automne, c’est tout le charme de Paris que vous découvrirez en vous imaginant chanoine, étudiant ou botaniste et qui sait… vous parlerez peut être en latin sans vous en rendre compte !

                    

Promenade à Montmartre

Il est des endroits comme ça où la balade est reine, rien ne peut l’entraver et personne ne viendra vous empêcher de flâner en rond ! Se perdre dans le méandre de ses rues, descendre puis monter, redescendre puis re-gravir les interminables escaliers, tourner on ne sait pas pourquoi dans une ruelle et découvrir cette ambiance inégalable d’un vrai village parisien, comme figé depuis un siècle… Montmartre, le « Mont du Martyre » à l’origine possède un caractère bien trempé, une force, une indépendance qui ne plie pas même sous les coups de plus en plus agressifs du tourisme de masse. Comme toujours, il suffit de s’égarer un moment, de fuir les troupeaux, les meutes en quête d’instantanées à partager immédiatement sur Instagram ou FaceBook pour s’immerger dans une autre époque, celle de la bohème parisienne, du maquis de Montmartre, de la campagne à Paris. On y voit toujours une nature sauvage, des ailantes, des fougères, des polypodes et virevoltant au dessus de nous, on pourra apercevoir un couple de mésanges, d’hirondelles ou un accenteur mouchet près à vous entonner sa vibrante balade.

Ma balade dans le Marais

Plantons le décor :

Situé Rive droite de la Seine, le Marais a une position particulière tant sur le plan géographique qu’historique. Du temps des Parisii et des premiers peuplements sur l’actuelle île de la Cité, la Seine formait de larges méandres autour d’un arc qui allait de Bastille, passait au pied des collines de Ménilmontant, Belleville, Montmartre avant de rejoindre le fleuve au pied de la colline de Chaillot. A l’intérieur de cette zone, une vaste étendue marécageuse souvent envahie par les eaux lors des crues de la Seine. Les premières implantations se font naturellement sur des zones insubmersibles telles que la butte de St Gervais ou la Butte St Paul. Le développement se fait ensuite autour de la place de Grève (actuel Hôtel de Ville) qui devient vite un port important d’où débarquent denrées et matériaux.

Puis l’aménagement progressif des terres, le tracé de voies, l’installation d’habitants et de commerces donne un essor nouveau au Marais. Ce sont avant tout les communautés religieuses qui s’y installent : Saint Catherine-du-val-des-écoliers (1229) ; les Blancs Manteaux (1258) ; les Billettes ; le Petit Saint-Antoine … le couvent des Célestins… puis l’Abbaye Saint Martin des Champs et l’enclos du Temple. Aujourd’hui la caserne de la Garde Républicaine occupe toujours une ancienne partie du Couvent des Célestins.

Au XIIIe.s. les Templiers d’abord installés derrière Saint-Jean-en-Grève, développent un grand enclos dans la partie nord du Marais. Très riches, ils possèdent un vaste ensemble de terrains qui constitue une grande partie du Marais actuel et sera coupé en deux par l’enceinte de Philippe-Auguste (1190-1210). A partir de 1279, ils vont lotir les terrains au sud de l’Enclos, entre la rue de Bretagne et le rempart et créer la « ville neuve du Temple ». Sont ainsi ouvertes la rue des Archives – alors rue du Chaume -, les rues Portefoin, Pastourelle, des Haudriettes, de Braque. La partie est du domaine reste cultivée jusqu’au début du XVIIe, la Couture du Temple.

Au XIVe.s. la partie est du quartier Saint-Paul, entre la rue Saint-Paul et les Célestins, accueille des hôtels aristocratiques (Hôtel d’Etampes, hôtel des archevêques de Sens). En 1364 Charles V acquiert tous les terrains entre les rues Saint-Paul, Saint-Antoine, du petit Musc et la Seine. Il y fait construire une résidence royale, l’hôtel Saint-Pol, d’un genre nouveau, non plus un château fortifié mais une résidence d’agrément, proche toutefois de la Bastille. Il complète les bâtiments des hôtels anciens par des salles d’audience et de réception, les relie par des galeries et de beaux jardins agrémentés d’une ménagerie (dont la rue des Lions conserve le souvenir) et de volières.

Le quartier devient peu à peu le centre du pouvoir royal français mais aussi pendant le Guerre de Cent Ans, le pouvoir anglais. L’hôtel des Tournelles fut notamment habité par Charles VII, Louis XI, Charles VII, Louis XII, François Ier, Henri II (qui mourut des suites d’un combat 62 rue Saint Antoine), Catherine de Médicis abandonna l’hôtel qui fut petit à petit aliéné et démoli (à l’instar d’ailleurs de l’hôtel Saint-Pol). Henri IV fit construire à son emplacement la place des Vosges.

Les grandes familles font construire leurs hôtels dans le quartier (Montmorency, Guise, Lorraine, Angoulême). La couverture de l’égout des Tournelles en 1560 (rue de Turenne) contribue au succès de l’urbanisation du quartier.

L’arsenal est installé sous François 1er sur une vaste emprise entre les Célestins et le rempart. Le Petit-Arsenal, au sud de la Bastille, servait à la fabrication de la poudre avant son transfert sous Louis XIII à la Salpêtrière ; le Grand-Arsenal est reconstruit par Henri IV qui fait transformer le quai en une belle promenade : le Mail. L’Arsenal sera également le lieu de travail de Sully qui logera non loin de là. De nombreux hôtels particuliers, lotissement et résidences feront alors leur apparition. Les fondations religieuses s’implantent également au cours des 16 et 17ème siècles citons notamment : les Jésuites (rue Saint Antoine), les Capucins (rue Charlot), les filles de Saint Elisabeth, les religieux de la Merci, les Carmélites, les Madelonnettes, les Filles du Calvaire, les Annonciades Célestes ou Filles Bleues, les Filles de la Croix…

Le quartier est alors habité majoritairement par des financiers ; on y trouve quelques ministres de Louis XIV Le Tellier et Louvois (avant qu’il ne se fasse construire un hôtel rue de Richelieu), Boucherat, Chamillart, mais déjà l’attrait du faubourg Saint-Germain et de ses vastes espaces propices à la construction de grands hôtels se fait sentir.

Quelques-uns des plus beaux hôtels datent de cette époque : de Saint-Aignan (1650), de Beauvais (1657), Aubert de Fontenay (1660, hôtel Salé , du Grand Prieur du Temple (1667) , Le Peletier de Souzy (1686), du Grand Veneur…

L’ensemble le plus imposant date des premières années du XVIIIe : l’hôtel de Soubise et celui de Rohan-Strasbourg construits par Delamair sur les terrains de l’hôtel de Guise.

Au XVIIIe le Marais perd peu à peu son caractère aristocratique pour devenir plus mélangé ; financiers, parlementaires, avocats, notaires y côtoient artisans et commerçants. Quelques hôtels sont reconstruits ou mis au goût du jour (hôtel d’Albret rue des Francs-Bourgeois, hôtel d’Ecquevilly ou du grand Veneur rue de Turenne…). Les derniers hôtels importants sont construits par Ledoux rue Michel-Le-Comte (hôtel d’Hallwill, 1766) et par Lemoine Le Romain pour Beaumarchais sur le boulevard, face à la Bastille (1790).

Quelques épisodes marquants de la Révolution ont pour cadre le Marais : la prise de la Bastille bien sûr, le donjon du Temple, les massacres de septembre 1792 à la prison de La Force. Vendus comme biens nationaux des édifices religieux vont disparaître : démolition des églises Saint-Jean-en-Grève, Saint-Paul, des Célestins, des Minimes…, les bâtiments conventuels sont transformés en caserne (les Célestins, l’Ave-Maria), en prison (les Madelonnettes) ou lotis (Filles-du-Calvaire, enclos du Temple). Sous l’Empire, Napoléon crée de nouveaux marchés (des Blancs-Manteaux, du Temple).

La reconstruction de l’Hôtel de Ville de 1837 à 1846 entraîne la démolition des rues avoisinantes. Deux voies datent de cette époque : la rue du pont Louis-Philippe et la rue Rambuteau ; la rue Malher est tracée sur l’emplacement de la prison de La Force. Les hôtels particuliers accueillent de plus en plus des activités industrielles, artisanales et commerciales, les cours et les jardins se couvrent de hangars et d’appentis.

Pendant un siècle, de 1850 au milieu du XXe, la densification du quartier se poursuit entraînant des surélévations d’hôtels anciens, une sur-occupation des cours et des jardins et la destruction des décors intérieurs. Au début du XXe siècle des îlots insalubres sont délimités entre Saint-Gervais et l’hôtel de Sens, la démolition et la reconstruction s’étaleront jusque dans les années 1950.

Le sud du quartier, autour de la rue des Rosiers et de la rue Ferdinand Duval, accueille une forte communauté juive. C’est une tradition qui date du moyen-âge (juiverie de Saint-Bon).  Des synagogues sont construites (rue de Nazareth, rue des Tournelles, rue Malher).

A partir des années 1960, la prise de conscience de l’importance du patrimoine historique et culturel du quartier modifie l’approche de son aménagement qui s’oriente vers la conservation et la mise en valeur et non plus sur la démolition. Le secteur sauvegardé du Marais est créé en 1964 sur 126 hectares.

Arsenal, Bastille et Cours cachées

 

Plantons le décor :

Du temps de Lutèce, la rive droite n’avait pas la même configuration qu’aujourd’hui, la Seine n’était pas encore domptée en amont et formait de larges ramifications. Les méandres du fleuve s’étalaient et les zones marécageuses étaient nombreuses (d’où le nom de « Marais »). Plus tard, la Place de la Bastille actuelle configurait ce qui était au-delà du Marais et il s’agissait alors des limites de Paris. Pendant la guerre de cent ans, les rois établirent leur pouvoir à l’est de Paris car ils se méfiaient de ces parisiens qui s’en étaient pris à Charles V en 1358. Paris était alors aux mains des riches prévôts parmi lesquels Etienne Marcel. Le pouvoir s’établit alors à Vincennes et la Rue Saint Antoine est donc logiquement l’axe central entre le centre de la capitale et le centre du pouvoir. L’axe partait alors de la rue François Miron ; passait par la rue St Antoine et le faubourg pour finir sur le cours de Vincennes. Le quartier sera ensuite célèbre pour sa forteresse-prison, son Arsenal puis, au 19ème siècle, les auvergnats venant tenter fortune à Paris s’y établir et importèrent avec eux leurs traditions festives. Avant 1914, le quartier était réputé mal famé, lieu de débauche aux multiples maisons closes et bars obscurs. C’est François Mitterrand qui voulut lui redonner son côté festif et y fit ériger l’opéra Bastille pour lui conférer un aspect cosmopolite.

De Charonne au Père Lachaise

Plantons le décor :

A l’origine, le village de Charonne se trouvait en dehors de Paris, c’était un village fondé à l’origine sur la Villa Caronis (le domaine de Caro à l’époque Gallo-Romaine). Sa particularité était de compter nombre de diseuses de bonne aventure d’où son surnom de Charonne-La Devine.

Il était situé « hors les murs », l’ancien mur d’enceinte édifié par Thiers de 1841 à 1844. Il fut rattaché à Paris en 1860 sous Napoléon III. Village de vignerons, les vignes couvrent alors les ¾ des terrains. Son vin fournissait les guinguettes de Fontarabie et du Petit Charonne. Sous la monarchie de juillet, le village prend son essor et passe de 2330hab en 1831 à 1200 en 1856 ! Le village se développe autour de la rue des Haies, Haussmann va délimiter les anciens villages de Belleville et Charonne avec la rue des Pyrénées et l’avenue Simon Bolivar. Peu à peu les vignes et les terrains maraîchers disparaissent au profit d’habitats ouvriers. Seront construits des lotissements cohérents tels que les Carrières d’Amérique ou la Campagne à Paris, construites toutes deux sur d’anciennes carrières de gypse (années 20). Au 20ème siècle, le village se dote de nombreux petits ateliers et de petites industries.